Alexis Lumière: chenapan, sacripouille, coquet, coquin

Il faut parfois se méfier des implications de certaines positions d’esthètes. Celles qui auraient tendance à revendiquer un fétichisme de tout ce qui a été produit avant 1995 (disques, instruments de musique, films, livres, jeux vidéos…) finissent parfois par produire des œuvres ultra conceptualisées qui ne fonctionnent que par références ou high five entre gens de bonne compagnie. Et c’est malheureusement d’autant plus vrai quand on rentre dans le circuit jadis assez fermé mais désormais exponentiel de la musique synthétique vintage dont la composition repose sur une érudition technique, pas mal de temps et (un peu) d’argent. 

Agent Casio: Meeting The Jazz Gang du français Alexis Lumière arrive à point nommé pour nous remettre en face de quelques questions, la première (et la plus intéressante) étant selon moi: peut-on apprécier son disque sans être un nerd de synthé, un geek du Bon Coin, un futur quadra à petit foulard collectionneur de 45 tours et/ou un fan de retro gaming? La réponse est bien évidemment OUI (j’entends un soupir de soulagement ici).

Avec sa bande originale de jeu vidéo composée au Casio, Alexis Lumière réussit son pari narratif avec une bonne dose de recul vis à vis de l’esthétique convoquée. Baigné de second degré dans son emballage, l’album retrouve à plus d’un endroit (sur le diptyque No suspect in Chinatown et Nap On The Desk notamment) la rêverie de Mort Garson ou celle de l’ambient japonais, revenus logiquement en grâce dans nos heures passées à regarder nos plantes vertes et rêver de grands espaces. C’est quand il joue son Cruising de chats de gouttières (Alleycat Blues) que Alexis Lumière touche à la même forme de grâce fauchée qui offre  désormais au cinéma policier des années 80 une patine assez fascinante. Ce Meeting The Jazz Gang donne du sens au fétichisme de son auteur en s’imposant un certain minimalisme lié aux contraintes technologiques de l’époque convoquée (certains diront exorcisée) et laisse entendre une touche mélodique personnelle qu’on appréciera au delà du clin d’oeil. Plus Inspecteur Gadget que Oneohtrix Point Never vous l’aurez compris.

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