Seule contre tous, Lila Ehjä redore le blason du post punk 2021

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En général, je reçois deux types de mails sur mon adresse Gospel. D’un côté, ceux des boîtes de promo qui défendent dix projets par jour et expédient à tout un tas d’inconnu.e.s des faux messages personnalisés vantant des projets qui n’ont clairement aucune chance de me plaire. De l’autre, des artistes qui ont pris la peine de lire le site sur lequel j’écris et qui essaient de faire connaitre leur musique, souvent sans label, sans manager et sans applis à la con qui proposent 30 centimes aux journalistes qui écrivent une chronique de disque. Pendant que les premiers font dodo dans ma boîte Spam, les seconds sont souvent remplis de bonne surprise, rappelant qu’on peut faire de la musique (aussi) par passion. Si, je vous jure. C’est le cas du disque qui nous occupe aujourd’hui: le premier essai de la parisienne Lila Ehjä.

La deuxième piste de ce Hit The City, est probablement la porte d’entrée idéale dans sa musique sombre et mélodique. Avec ces choeurs quasi yéyé et cette basse roborative, on se balade quelque part entre Mazzy Star, Death In Vegas et Jessica93, le projet de Geoff Laporte qui semble avoir inspiré la construction type des morceaux de Lila, comme elle me l’a raconté la semaine passée:

« Quand j’ai commencé à faire de la musique toute seule, je ne voulais pas reproduire des gimmicks liés à des esthétiques précises. Comme je n’étais plus seulement accompagnatrice, j’ai décidé de prendre le contrepied et  de commencer mes compos avec ma basse. J’ai un peu pris modèle sur Jessica93 qui a été un énorme crush musical. »

Le point fort des morceaux de ce disque est clairement leur côté accrocheur et immédiat, donnant à entendre un post punk binaire et ultra mélodique qui semble couler totalement de source.

« Ce n’était pas réfléchi, j’avais l’impression qu’on me dictait ce qu’il fallait faire. C’est comme si toute la musique que j’avais écouté toutes ces années sortait d’un seul coup. D’ailleurs, au début, je ne savais même pas si j’allais sortir ces morceaux » raconte ainsi la chanteuse . Celle-ci navigue entre français et anglais avec une décontraction totale, passant d’un tempo droit dans le mur à des mélodies vénéneuses et hypnotiques, comme sur Touch The Leather et son refrain qui empile les nappes de manière efficace et maline.

« Ce que j’aime dans la musique c’est quand elle est froide et capable de me mettre dans un état proche de la transe, que ça soit par les répétitions ou par l’univers impalpable de la sur-modification des sons ou de leur superposition. » Un pari réussi sur ce disque varié et compact, qui partage certainement pas mal d’influences avec un paquet de petits soldats du revival post punk actuel (Lila cite Cocteau Twins, Boy Harsher, DAF, Chrome ou My Bloody Valentine) mais qui réussit à se distinguer par son écriture et sa production au cordeau. On a d’ailleurs presque envie de lui dire merci de ne pas chercher à faire revenir les morts vivants des années 80. C’est probablement l’influence lointaine du black metal (que Lila Ehjä joue avec son autre groupe Rance) qui l’éloigne par son intensité et sa liberté des clichés dark et coldwave. Ce qu’elle confirme en expliquant:

« Il y a une touche de black metal dans la façon de jouer la guitare sur les ‘refrains’.  Je suis une grande fan de groupes comme Darkthrone, Blut Aus Nord, Oranssi Pazuzu, Ash Borer, Paramnesia, Rorcal… »
Encore nimbé de la spontanéité des premiers disques, YÖ inscrit indiscutablement Lila Ehjä sur la carte des projets français à suivre. Totalement hors radar, gérant tous les aspects de son projet (des visuels à la production) en totale autonomie DIY, la parisienne et ses morceaux ont ce qu’il faut dans le ventre pour conquérir un public large.
Son disque sort le 25 juin et on ne devrait pas tarder à la voir sur scène.

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