« Ecrire (sur la musique) c’est comme mettre son sexe dans un glory hole »

Cette phrase, elle n’est pas de moi, elle a été glissée mine de rien par Tony O’ Neill un écrivain anglais (passionnant) dans un recueil de textes courts Notre Dame Du Vide. Ex musicien (il a notamment frayé avec Marc Almond et Brian Jonestown Massacre) devenu junkie en tournée US, il raconte dans ce texte les réactions de ses lecteurs et s’amuse de tous ces soit disant junkies qui lui envoient des emails de fans au milieu de la nuit pour lui raconter combien sa description de la came (et de la déchéance qui va avec)  est véridique. « Un junkie avec un laptop à 1500 dollars ça n’existe pas » dit il en substance (lol). Cette image est forte : écrire est souvent lié à une pulsion et publier sa prose est un abandon qui laisse à tout un tas d’inconnus le loisir de s’approprier ou non cette « offrande », quitte à ne pas lui faire honneur.

Cette phrase donc, « écrire c’est comme mettre son sexe dans un glory hole » raconte exactement pour moi ce que ça fait que de rédiger un article et de l’envoyer vivre sa vie dans le monde (réel ou virtuel). En y repensant, j’ai réalisé à quel point cela pouvait être débile, futile, prétentieux et courageux de lancer ainsi un avis à la face du monde. Alors pourquoi continuer?

Je viens de passer quasiment 4 mois sans écrire sur la musique après 5 ans d’engueulades, mauvaise foi et prises de tête. Est-ce que ça me manque et est-ce que mon avis manque vraiment? Autrement dit, y-a-t-il vraiment un intérêt à continuer de  commenter quelque chose d’aussi volatile et subjectif que la musique?

Mon avis manque-t-il? Bien sûr que non. Il y a un petit passage à vide dans la presse musicale, je le subis aussi et c’est normal. C’est un cycle et ça accompagne certainement aussi une période pas très fascinante en termes de musique non plus. Les plumes que j’ai admirées ont quitté le navire des médias devenus pour la plupart des agences marketing (à peine dissimulées), sont partis le plus souvent tenter l’aventure de la fiction ou de la presse cinéma, et les lire désormais revient un peu à devoir écouter un disque de Joe Lally au lieu d’un nouvel album de Fugazi. Quelques vaillants tiennent la barre dans des médias nationaux, et heureusement pour nous.  On saluera aussi les quelques valeureux qui ont réussi à faire de leurs comptes sur les réseaux sociaux des petits bijoux de micro blogging (non je ne parle pas de Loïc Prigent). J’attends toujours le mec ou la fille de 18/20 ans qui va me mettre une grosse fessée intellectuelle. Il.elle est peut-être là tapi.e dans l’ombre, n’arrivant pas à se décider entre écrire du contenu infomercial ou le top 10 des plus beaux morceaux qui parlent de chats. Si tu me lis, appelles moi. Tout ça va changer c’est un cycle, gardons la foi.

Et alors quatre mois, sans écrire sur la musique, est-ce que ça me manque? Non ce qui me manque c’est mettre mon « sexe dans un glory hole » (c’est à ce stade que  je fais confiance à votre intelligence et que je choisis de ne pas rappeler que c’est une image). Me baigner un peu dans la crasse et sauter dans le vide avec cette idée un peu folle que la musique et l’écriture constituent encore des utopies créatives et humaines valables, même dans une période où la notion de communauté, à laquelle je crois dur comme fer, s’est totalement faite absorber par celle affolante du culte de la personne. J’ai passé 5 ans à travailler pour un média musical dont la démarche était de parler sérieusement de musique frivole et parler de manière marrante de musique dite sérieuse. Je crois bien que c’est ce que je vais continuer de faire ici.

Plutôt que citer Lester Bangs, Jean Paul Sartre ou un autre artiste honteusement surestimé, je reprendrai cette citation d’un film que j’adore et que j’ai revu récemment.

William Miller:
So Russell… what do you love about music?

Russell Hammond:
To begin with, everything.

 

A de suite pour la suite!