Hélène Barbier: « faire un tube pop et le démolir »

Dans la société secrète des gens qui font avancer l’indie pop à guitares, je voudrais la cousine de Montréal, à savoir Hélène Barbier, française expatriée qui a sorti au début de l’été l’excellent Regulus. Coincés quelque part entre immédiateté mélodique, voire un certain classicisme et une forme de déviance ludique punk et arty, les morceaux de son deuxième album solo forment une oeuvre richement aboutie quoiqu’extrêmement spontanée. Comme on s’échangeait quelques mails ici et là, ça m’a donné envie de lui poser quelques questions sur sa vision de la musique.

Elle raconte ses débuts en ces termes et offre un début d’explication (peut-être) quant à ce rapport plutôt libéré à la pratique musicale et une forme d’humilité bienvenue dans le monde des mini Phil Spector Ableton:

« J’ai commencé la musique le mois de mes 30 ans (j’en ai 36 aujourd’hui). Je gravitais autour de la musique depuis plusieurs années, je voulais travailler dans le secteur mais je n’étais pas très bonne (et peut-être pas aussi enthousiaste que je le pensais aussi). Je suis venue pour un stage de fin d’études à Montréal pour bosser chez un éditeur. J’étais simple stagiaire mais ils m’ont donné plein de missions avec beaucoup d’autonomie, et ça a changé mon rapport à la musique. J’ai commencé à jouer en parallèle. J’avais un local de répète avec ma coloc et une copine. Le groupe Gashrat nous a proposé un concert alors qu’on n’avait que deux chansons et ça a donné Moss Lime. On en a fait deux de plus et on a joué avec eux. Au début, on s’excusait tout le temps d’être là, je ne pense pas que c’était très intéressant de nous voir. On nous a proposé une tournée en Europe et on a joué au BBmix à côté de Paris. Après le concert, j’ai entendu des commentaires vraiment durs sur notre performance (qui étaient sûrement fondés ceci dit). Et puis il y a deux ans, j’ai commencé à jouer seule et j’ai fait un premier disque solo. »

 

Alternant anglais et français, les morceaux de Regulus évoquent parfois le côté décharné de certains groupes no wave sur lesquels viennent se superposer des surprenantes envolées pop, comme sur l’outro de Unbolted Cover (un des mes morceaux préférés du disque).

 

« Je commence toujours les morceaux avec une ligne de basse, c’est la base. En réfléchissant à ce disque, j’avais l’idée de faire un truc vraiment orchestral avec des trompettes, des cordes. J’avais contacté des gens mais la pandémie a tout stoppé. Il a fallu que je m’adapte » raconte ainsi Hélène. Habituée à travailler les morceaux un par un, elle a dû cette fois arranger les morceaux en parallèle. « Je veux que les gens qui jouent avec moi sur scène soient sur le disque » ajoute-t-elle, leur laissant le loisir d’intervenir ici et là sur l’écriture et la production, comme sur Les Orties, qu’elle avait imaginé comme « une comptine pour enfants » avant que son batteur ne la fasse sonner « comme un morceau d’Evanescence » .

 

Interrogée sur son habilité à tordre ses pop songs, Hélène raconte:

« Avec Phern, mon groupe d’avant, on disait toujours « on veut faire un tube pop et le démolir ». J’aime vraiment cette idée. Au début, je fais des chose simples et mélodiques mais j’ai toujours peur d’être cheesy, alors je rajoute des dissonances, je change le ton. Il y a plein de trucs commerciaux que j’écoute. J’aime beaucoup Cardi B par exemple,  j’aime trop sa façon de chanter et de rapper. Mais j’écoute beaucoup Cate Le Bon, Drinks, Tim Presley, Chris Cohen. Je crois que c’est le genre de musique que j’aimerais faire. »

Ce Regulus est clairement à la hauteur de ses héros mais il serait dommage de la réduire à une relecture de quelques maîtres.se.s du genre tant ce disque fourmille d’idées, notamment du côté de la production qui navigue en marges de la pop très produite mais dont les ténors mainstream gagneraient sûrement à reprendre ici et là quelques gimmicks. Interrogée sur le mouvement actuel des musiciens indie vers les sphères commerciales (David  Longstreth de Dirty Projectors ou Blood Orange par exemple), Hélène répond:

Si Solange m’appelle, je pense que je ferais une crise cardiaque mais j’irais. J’ai été incluse dans un papier récent au Québec sur les femmes productrices et, depuis, il y a des groupes qui m’ont contacté en me proposant de l’argent pour faire des disques. Je ne sais pas si je vais le faire mais c’est sûr que ça m’intéresse. 

C’est probablement une des choses les plus charmantes et revigorantes ce disque: placer l’ambition au bon endroit, nier la facilité tout en restant accessible. Chaos maîtrisé avec malice, en quelque sorte.

 

Une playlist de morceaux choisis par Celluloid Lunch

A la base,  Joseph (mon copain) fait un zine qui s’appelle Celluloid Lunch et on a monté un label du même nom pendant le confinement. On a une petite distro et les gens viennent chez nous acheter des disques, c’est drôle. On ne fait pas de concurrence aux disquaires locaux, on essaie de prendre des choses qu’ils ne vendraient pas. Et dans les prochains projets, on va sortir le nouvel album de Rose Mercie, ce sera le premier groupe français du label. 

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