Maraudeur: un incroyable foutoir

Que se passe-t-il quand on prend au sérieux un mouvement créé spontanément pour se foutre la gueule du système? On s’ennuie ferme. Et on vend quelques t-shirts, ok. Alors que la presse et l’industrie musicale internationales envoient deux signaux totalement contraires (la fin des « groupes » et un revival punk/postpunk qui ressemble de loin à un truc monté de toutes pièces), on ne peut qu’avoir envie de cesser de lire la première et de tomber dans les pièges de la seconde pour retourner dans le cambouis chercher des formations sincères, honnêtes et drôles.

Le groupe « franco-suisse mais installé en Allemagne » (si j’ai bien suivi mais on s’en fout un peu) Maraudeur a sorti il y a quelques semaines le disque idéal pour vous sortir des forums Reddit et Discogs consacrés aux groupes oubliés de l’ère punk et no wave. Ce Puissance 4 est un disque de maintenant, personnel et électrique. Alors, oui, il s’inscrit dans une certaine tradition (à vue de nez Devo, Teenage Jesus & The Jerks, The Spits, Lizzy Mercier-Descloux) mais il brille par son esprit iconoclaste qui ne semble rien prendre au sérieux, à commencer par sa propre musique. Le petit communiqué de presse évoquait une musique « totalement Sci-Fi » et il faut bien dire qu’il y a de ça. L’introductif Es Ist Kein Stehlen c’est l’arrivée des extra-terrestres venus gentrifier la Terre.  Heureusement pour nous un quintet de musiciennes punk en pulls de ski ne risque pas de les laisser faire. Et déroule ensuite neuf pistes de synth punk ciselé aussi jouissives que truffées de surprises sonores et d’arrangements avant-gardistes.

Sur Embarazada ou Slow Dress (et son petit côté Slits sous codéine), le groupe joue avec beaucoup de réussite sur des montées et descentes quasi-narratives. Dans un monde idéal, on oublierait La Femme et tout le monde se tiendrait la main pour danser sur un truc comme C’est Caché. Mais vous le savez comme moi, ce monde n’existe pas. Ou seulement le temps qu’on passe à écouter un disque aussi cool que ce Puissance 4.

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