Les relations troubles de Boards Of Canada avec une secte américaine meurtrière

Michael Sandison et Marcus Eoin, les deux fondateurs de Boards Of Canada, ont toujours privilégié un relatif anonymat (sans pour autant cacher leur visage comme le veut une certaine tradition dans la musique électronique). Il est donc assez difficile de percer à jour leurs inspirations. On sait tout de même que  le morceau « 1969 » (tiré de Geogaddi, et que j’espère vous êtes en train d’écouter) fait référence à Amo Bishop Roden, la femme de George Roden, qui fut le grand rival de David Koresh. Pour rappel, celui ci fut le gourou à la tête de la secte des bien nommés Davidiens, dont le QG à Waco, Texas fut assiégé  par le FBI, en 1993 provoquant ainsi le suicide collectif de 72 membres dont l’intéressé.

Le sample de voix « vocoderisée » évoque cette muse des deux gourous texans : « Although not a follower of hseroK divaD » (David Koresh, à l’envers), « she’s a devoted Branch Davidian ». La fascination des deux Ecossais est telle qu’ils y avaient fait déjà référence deux ans auparavant sur l’EP In a Beautiful Place Out in the Country, dont le titre vient d’une de ses citations, et qui comporte un morceau du nom de leur muse texane.

Un utilisateur de Reddit affirme avoir été en contact en 2014 avec Amo Bishop Roden par email. Celle-ci lui aurait affirmé que les deux Boards Of Canada auraient séjourné sur un camp davidien au début des années 90, quelques années après l’assaut qui coûta la vie à Koresh (et donc avant la sortie des deux disques inspirés par la secte). Certains fans hardcore du groupe ont été jusqu’à imaginer que la pochette et le titre Music Has The Right To Children s’inspiraient également de la secte. Koresh aurait en effet eu au moins 15 enfants et au lendemain de l’assaut les visages des rescapés furent floutés par la presse. On s’emballe peut-être un peu ici (la pochette serait en fait une photo d’une famille canadienne retravaillée par le groupe).

En parcourant l’histoire hallucinante de cette secte on comprend mieux pourquoi elle fascina les deux musiciens britanniques épris d’un certain ésotérisme sombre et une vision de l’enfance inquiétante. En 1981, Koresh (Vernon Wayne Howell de son vrai nom) se joint aux davidiens . Il s’agit alors d’un groupe religieux, issu des adventistes du septième jour (une forme de protestantisme réformiste qui attend le retour du Christ annoncé par la Bible), dirigé à l’époque par une femme d’une soixantaine d’années Lois Roden avec qui Koresh  entame une liaison. Chassé par le fils de Lois, George Roden, hériter logique de la secte, Koresh emmène 25 adeptes camper près du siège des Davidiens et attend son heure.

A la mort de Loïs, George et David se lance un défi: celui de faire revivre les morts. Koresh profite de l’occasion et de sa venue sur le camp pour appliquer la méthode du cheval de Troie. Il débarque armes aux poings pour prendre le pouvoir. La justice l’acquitte  dans le procès pour tentative de meurtre qui l’oppose à Roden. Il peut désormais tenir d’une main de fer la secte jusqu’au siège du FBI, terrorisant femmes et enfants et leur imposant régulièrement des concerts, puisque l’homme est évidemment un rocker frustré.

Boards of Canada n’ont pas été les seuls à évoquer ce personnage rentré comme certains tueurs en série et criminels dans la pop culture. Nombreux ont été les rappeurs à s’emparer de la figure de Koresh (Beastie Boys, Wu Tang ou encore Nas) considéré par beaucoup comme une figure anti-étatique qui préféra retourner ses nombreuses armes contre lui plutôt que renoncer à ses libertés individuelles. L’Amérique et ces paradoxes en quelque sorte.