En 2008, Have A Nice Life visse le shoegaze dans le crâne des metalleux

 

Pour replacer le curseur de la musique vers l’avant, il faut souvent regarder vers le passé. Ca a l’air con dit comme ça mais depuis que l’on a pu définir les tenants et aboutissants de la retromania, il est difficile de voir surnager ceux qui osent innover. Le duo Have A Nice Life est de ceux là et autant vous dire que si le metal était un repas de famille, le groupe américain en serait le trou normand idéal.

Have A Nice Life (un nom qui pourrait se traduire pour les non anglophones en « va mourir ») est formé aux alentours de 2000,  par Dan Barrett et Tim Macuga dans un trou du Connecticut. En 2008, ils sortent un double album enregistré de manière ultra cheap et pour moins de 1000$ Deathconsciousness, illustré par un tableau de David. Conçu comme un album concept hommage au culte antiochien (pour faire vite des chrétiens d’Orient dont la majeure partie de la communauté vit au Liban depuis le IVème siècle), le pavé sort dans l’indifférence avant de devenir peu à peu culte pour toute une partie du public metal en pleine ouverture de chakras.

En 2008, le metal a envie de casser ses jouets et de faire tomber les codes académiques qui finissent par le rendre plus risible que dangereux. Le contexte est à peu près parfait. Les bases d’un metal expérimental et plus cérébral ont été posées par Sunn O))) (qui s’apprête à sortir son disque le plus populaire Monoliths & Dimensions et à vendre une pelleté de t-shirts à des boloss), Liturgy se forme à New York,  My Bloody Valentine est de retour et la scène techno découvre la noise et l’indus. Les scènes sont prêtes à se mélanger et mine de rien à enfin défricher de nouveaux jardins. N’en déplaisent aux puristes qui vomissent tout ce qui ressemble de près ou de loin à une forme de syncrétisme (et donc d’ouverture au grand public).

Attention, le premier album de Have A Nice Life n’a pas grand chose à voir avec le metal. Mix improbable de sonorités shoegaze, lofi, synth pop et indus, il doit probablement plus à The Sound, Joy Division, Christian Death et Slowdive qu’à Slayer, Maiden ou Burzum. Il garde pourtant du black metal (transition t’as vu) une économie de moyens et une production dans les aigus criards qui teinte ses morceaux d’une atmosphère funéraire extrêmement réussie. Le duo a très probablement inventé sans trop le vouloir l’emo metal ambient. Pendant ce temps là un petit groupe de L.A. prend des notes.

Evidemment je parle du groupe roi du « hipster metal » (désolé pour Liturgy perdu corps en âme en thèse de socio): Deafheaven. Beaucoup plus frontal dans son approche et littéral dans ses citations, le quintet a absorbé toute la quintessence de Have A Nice Life pour en proposer une version digest clivante et donc à haut potentiel d’adhésion/dégoût (réécoutez donc le final « Earthmother » si vous doutez de l’influence du duo sur eux). Ajoutez à la formule des looks de vendeurs chez The Kooples et un soutien du média le moins metal du monde (Pitchfork), il était assez évident que Deafheaven allait pouvoir rafler la mise tout en faisant grincer des dents (tout est relatif, je ne suis pas sûr qu’ils baignent dans les Franklin non plus).

Have A Nice Life (mais on pourrait aussi citer le projet Planning For Burial) reste un ovni dont les tâtonnements ont fait évoluer les appétences du public metal. Si leur premier album a plutôt bien vieilli et reste une étape importante pour les musiques dures, le retour sur scène du duo fait un peu peur. Programmé pour deux soirs en 2019 au Roadburn afin de rejouer en intégralité Deathconsciousness, Have A Nice Life semble vouloir récolter quelques pièces et se donner une consistance qui lui va moyennement. Les lives en compagnie d’un batteur tirent ce projet bedroom vers un metal ado mal dans sa peau assez moche. Restent deux disques et autre projet black metal ambient (Nahvalr) qu’il conviendra probablement mieux d’apprécier en lisant un bon petit Nietzsche à la lueur d’une frontale. Comme souvent!