En 1995, Aphex Twin se fait clasher par un de ses maîtres

Pour beaucoup (dont moi je l’avoue), Aphex Twin est intouchable. Difficile d’imaginer quelqu’un capable de renvoyer le producteur anglais à ses études et ce malgré ses tentatives régulières d’auto-sabotages plus ou moins drôles (publier des morceaux composés par son fils, faire un set gabber dans un festival rock indépendant ou envoyer ses fans sur Tor à la pêche aux infos).

En novembre 1995, The Wire, bible des musiques expérimentales, propose à Karlheinz Stockhausen d’écouter la techno contemporaine de l’époque qui souvent se réclame descendante de son travail, dont évidemment Aphex Twin. Richard D James à l’époque gravit peu à peu les échelons du succès en faisant découvrir à toute une branche du public rock la musique composée avec des machines à une époque où on parle surtout de grunge et de brit pop dans les médias de masses. Il se fera par la suite (et bien malgré lui) un passeur entre l’esthétique rave, la club music anglaise et les expérimentations de la musique sérielle, contemporaine et ambient. Sur le papier ça a l’air super non? Ce n’est pourtant pas l’avis de Stockhausen qui après avoir écharpé Scanner et Plastikman (« de la musique pour les bars de nuit dont le public va rapidement se lasser »), règle gentiment son compte à Richie.

« J’ai bien écouté la pièce de Richard James attentivement. Je pense qu’il lui serait très utile de pouvoir écouter mon morceau Song of the Youth qui est de la musique électronique. Ainsi il pourrait laisser tomber immédiatement ces répétitions post-africaines et il pourrait apprendre à changer les tempis et les rythmes. Il ne laisserait pas un rythme se répéter à moins qu’il ne varie et qu’il ait une direction dans sa séquence de variation »

C’est pas très très clair, j’en conviens. Mais le maestro résume bien cela un peu plus loin

« Utiliser la musique comme une drogue c’est stupide! »

Aphex lui répondra, vexé quelques temps plus tard:

« Je pense qu’il devrait écouter mon track Digeridoo comme ça il arrêterait de composer ces pièces abstraites et ces motifs banals sur lesquels on ne peut pas danser. »

Evidemment, on assiste ici à la collision de deux manières de penser et créer (et il est d’ailleurs plutôt malin à The Wire de l’avoir provoquée). Car la musique d’Aphex Twin, de ses contemporains et de ses descendants s’appuie évidemment sur une longue lignée de recherche sur la musique sérielle et la spatialisation du son dont Stockhausen est un pionnier. Il est cependant un peu bête de la part du vieil allemand de ne pas se souvenir que bien avant tout le monde, la musique africaine a été celle de la répétition et de la transe. Vieillir c’est moche.

On laisse le mot de la fin à notre vieil Iggy. Le nouvel EP d’Aphex Twin arrive vendredi si j’ai bien compris!