L’obsession de la pop pour Sylvia Plath

Il est toujours assez difficile de comprendre pourquoi une figure culturelle ou artistique passe dans le domaine du culte. La fascination intacte pour Sylvia Plath s’explique elle finalement assez facilement

La jeune poète décédée en 1963 à l’âge de 31 ans est sur toutes les lèvres ces dernières années : éditions posthumes, une adaptation au cinéma de The Bell Jar, dont on craint le pire (même si on a échappé à Sofia Coppola) et des thèses pour le moins étonnantes (Sylvia Plath serait au choix la mère spirituelle de Taylor Swift  ou tout simplement la première MC de l’histoire du hip hop).

La place prépondérante de Plath dans la culture pop anglo-saxonne ne date pourtant pas d’hier. Figure maudite, bien souvent désignée comme précurseur de nombres de préoccupations des riott grrrls et des féministes en général, Sylvia Plath et son Bell Jar  sont des pierres angulaires de la culture indie, qu’on trimballe au lycée et à la fac avec ses disques de Patti Smith et les premiers albums de Hole (là je parle pour moi).

L’américaine fut accablée par le poids d’une double responsabilité: celle de mère au foyer modèle dans des années 50/60 qu’on imagine harassantes pour une créatrice et une femme tout court et celle d’un écrivain qui se rêvait « femme qui surpassait les femmes », une artiste qui ne serait plus jugée à l’aune de son genre mais de celle de la qualité de son travail. Terrassée par la mélancolie et la dépression, la jeune maman finit par s’ôter la vie, laissant nombre de textes inédits derrière elle (documentant en partie cet état de fait) et une légende toute prête à être écrite.

On peut probablement expliquer la résurgence du culte autour de la poète de deux manières. Il y a tout d’abord le choc de la mort prématurée d’une image d’Epinal de la culture américaine : jeune, blonde, mère modèle et épouse cultivée d’un écrivain reconnu (Ted Hughes) qui marquera durablement les esprits. Sa disparition violente et désespérée est un symptôme d’une société phallocrate qui n’en a pas fini d’expier les violences psychologiques, sociales et physiques faites aux femmes. D’un autre côté, la souffrance (apparente, celle que la culture populaire retient du moins) de Plath vient de cet entre deux intenable qui est aussi celui que subissent nombre d’artistes et de créateurs. Comment composer avec des troubles psychologiques, une mélancolie, une histoire personnelle difficile qui sont par essence les sources d’inspiration de l’Art ? Et comment, surtout quand on est une femme, naviguer dans un monde de prescripteurs masculins aux privilèges bien gardés et enfin accéder à une reconnaissance intellectuelle, artistique et (si on retourne dans le monde du divertissement) populaire?

Voilà probablement quelques pistes de réflexion qui expliquent le nombre impressionnant de morceaux inspirés par les textes et la vie de Sylvia Plath et dont on vous présente ici une sélection subjective et non exhaustive.

Photo: courtesy of the Lilly Library, Indiana University