Le plus mauvais compositeur de musique de films de tous les temps

Si vous pensiez qu’Internet avait donné des ailes à tout un chacun et que cette abondance de mauvais disques, de chaînes Youtube infâmes et de web-séries barbantes n’était due qu’à une forme de démocratisation, sachez une chose: vous aviez tort!

La preuve avec Black Devil Doll From Hell, film d’horreur de 1984 réalisé de manière ultra fauchée par un certain Chester Novell Turner. Passionné d’épouvante, cet architecte d’intérieur décide de se donner les moyens de ses ambitions en écrivant puis réalisant son premier long-métrage à l’aide d’une caméra VHS. Le pitch est assez simple: Helen Black, une jeune femme pieuse décide de s’abstenir de toute relation sexuelle avant le mariage. C’est avant de faire l’acquisition d’une poupée vaudou hantée qui lui fait découvrir l’amour physique, d’abord de force avant que son appétit sexuel ne devienne insatiable (le sous-titre est douteux vous en conviendrez).  Ce croisement entre Chucky et un guitariste de Korn a été sculpté d’après les traits de Rick James (plutôt en fin de soirée que dans ses clips vu le résultat).  Tout est prêt pour réaliser la grande vision de notre Ed Wood 80’s.

Notre ami Chester donc, après avoir pris quelques cours par correspondance en matière de cinéma, se lance dans un tournage relativement catastrophique. En cause, le manque de budget forcément, puisque tout son argent passe dans la rémunération de son équipe (acteurs, « techniciens ») qui décide que tout travail mérite salaire (prenez en de la graine aficionados du « c’est pas payé mais ça donnera de la visibilité à ton travail »). Le film bouclé, il faut bien lui donner une musique. Le réalisateur, en pleine possession de sa confiance en lui-même, écrit et enregistre la BO à l’aide d’un Casio et relève donc ces saynètes horrifico-porno d’un score ultra cheap, joué vaguement en rythme à une main.

Cet objet brut, devenu culte sans que son réalisateur revenu à ses premiers amours de décoration d’intérieur n’en ait conscience, est intéressant et drôle à plus d’un titre. D’abord parce qu’il interroge parfaitement (mais pas volontairement) les tenants et les aboutissants du climax, ces moments qui font monter la sauce (amateurs de blagues grivoises passez votre chemin) avant l’explosion. Ce qui explique sûrement pourquoi tant de musiciens du punk, du metal ou de la techno puisent sans vergogne dans les riffs de la musique horrifique vintage, bourrée du souffle chaleureux des enregistrements home made.

L’autre aspect drolatique de cette musique surgit de quelques résurgences remarquées dans les amateurs du glauque, Flying Lotus (et son Kuso), Hype Williams, Salem ou Heatsick qui ont trouvé dans le Casio une bête hantée et glaçante qui ramène le synthétiseur à ce drôle de jouet un peu neuneu conçu pour ceux qui ne savaient pas jouer d’instrument de musique (on ne juge personne, c’est pas facile la guitare).

Rendons tout de même à Chester Novell Turner un joli brin de voix qui se distingue dans l’extrait ci dessous. Pour ceux qui s’inquiètent, si des rumeurs le disaient mort ou disparu, le réalisateur va bien, son film est archivé dans le fond documentaire de l’université de Yale et il travaillerait à un remake de son chef d’oeuvre. Vous me direz, ça ne pourra pas être pire que ce vague reboot de 2009 dont je ne me suis pas infligé la vision.